Australia – le temps du rêve

par | Déc 7, 2023 | Aventure, Education, Nouveaux mondes, Vidéo/photo, Voyages | 0 commentaires

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« J’ai ancré l’espérance aux racines de la vie, face aux ténèbres j’ai dressé des clartés, planté des flambeaux à la lisière des nuits »

Andrée Chédid


Par-delà Sunda et Sahul [1], il y a 50.000 ans, les hommes sont venus. Ils ont franchi l’océan sur des barques fragiles au temps où les eaux étaient basses, quand les volcans grondaient encore et des animaux géants parcouraient le bush. Ils vécurent là, des milliers d’années, ignorés du monde. Et pendant ces milliers d’années, ils apprirent la terre, ses humeurs et ses empreintes, s’imprégnant de ses parfums et de ses nuances. Ils apprirent à déchiffrer les étendues arides, les rivières suaves et les dunes écarlates. Ici naquit le temps des rêves…

Sur cette terre australe je suis venu, au cœur des montagnes, dans une de ces écorchures qu’on voit griffées parfois à flanc de rempart. D’autres ont dit que je venais de bien plus loin encore, d’Uluru la rouge ; que j’avais traversé les sables du désert, escorté par les miens pour être mis à l’abri.

Qui sait ? Car de mes parents et de ma naissance, il me fut dit peu de choses. Du plus loin que je m’en souvienne, il y a le visage d’une femme, image à peine voilée, la douceur d’un regard encore sans nom qui me sourit.

Du rêve qui me fut révélé, j’appris que j’étais apparu, quelques instants après un orage particulièrement violent, chargé de nuages trapus, de ceux qui transforment les jours les plus clairs en nuits les plus sombres. La tribu avait dû trouver refuge dans les hauteurs pour échapper à la rapide montée des eaux en évitant les écoulements boueux qui se déversaient jusqu’à se dégorger par les moindres failles. Yurlungur, le Grand Python, le Grand Aïeul avait surgi des cieux. Il s’était grossi des pluies torrentielles, énorme de pluies chaudes. Il avait rugi de sa voix puissante secouant sa tête, noire de colère, enroulant ses anneaux de nuages et crachant le feu de sa langue bifide.

Il y avait eu ces essaims, agitées, formant des multitudes compacts, comme pour annoncer la venue proche d’un danger. Au loin des éclairs lacéraient les nuages tourmentés. Pendant quelques heures, il n’y eut plus un souffle de vent, seulement cette chaleur pesante qui précède les tourmentes, quelques rayons de soleil qui percent encore à l’est, alors qu’une masse sombre et immense s’approche inexorablement.

[1] Dénomination des îles Australes (Australie et Nelle Guinée) lorsqu’elles ne formaient qu’un seul continent.


Les bourdonnements, autour, se sont intensifiés. La pluie s’est mise à tomber doucement, en grosses gouttes. D’abord quelques-unes, puis davantage, faisant frissonner la canopée. Ils se sont hâtés d’abriter les enfants tout en scrutant le ciel. Un bruit sourd de plus en plus proche fondait sur eux. Les arbres s’agitèrent, laissant leurs branches fouetter les feuillages et se tordre comme des jouets, avant qu’un mur d’eau ne s’abatte d’un seul coup.

Ils m’appelèrent d’un nom qui désignait ce bruit singulier, presqu’électrique, ce bourdonnement que font les abeilles pour alerter leurs reines à l’annonce des grands vents, ceux qui, chaque saison, portent les moussons. Aucun nom n’aurait pu mieux me sourire, aucun nom n’aurait pu mieux me sertir, quand bien même, au cours des temps, beaucoup d’autres me seront donnés.

Vous pourrez entendre ma légende murmurée par les hommes, au souffle lancinant des didgeridoos [2], reconnaître le signe du Taïpan qui me fut consacré pour avoir survécu à sa morsure. Mais ce qui me fut révélé, est qu’il y avait, tout proche de l’endroit où je suis né, un billabong [3]. Dans ce marais, aux eaux encore abondantes, se vautrait, depuis toujours, le bunyip, un animal terrifiant dont les hurlements en avaient glacé plus d’un et mené, dit-on, beaucoup d’autres au trépas. Ici était l’antre du démon avec lequel il fallait partager le marais nourricier, le jour pour les hommes, la nuit pour les ombres. Certains ont prétendu que j’étais l’un des leurs pour être venu si proche, d’un si mauvais endroit, en si mauvaise compagnie. Quelques jours après ma naissance, les eaux s’infiltrèrent pour disparaître à jamais. Il ne resta du marais qu’un trou béant, aussi profond que même un jet de pierre n’aurait pu faire entendre son écho.

[2] Instrument de musique à vent, à l’origine joué par les Aborigènes du Nord de l’Australie, son usage semble très ancien et pourrait remonter à l’âge de la pierre (20 000 ans)
[3] Etendue d’eau constitué d’un méandre mort qui se forme généralement quand le cours d’une rivière change.

Sachez aussi qu’à l’heure où je vous parle, je suis encore présent, bien plus qu’un songe écorné ou le récit d’une légende depuis longtemps effacé. Ne cherchez pas mon antre, vous perdriez la vie. Ne suivez pas mes traces, il n’est pas bon me suivre. Et si nos chemins devaient se croiser, prêchez pour qu’il en soit du hasard, car soyez assuré, s’il en était autrement que ce n’est pas le meilleur des signes. Je n’ai pas été conçu pour l’indulgence.


Australia 2017 à Uluru, la rouge, le « temps du rêve » aborigène … 2024 … une suite à écrire dont les 1ers mots ont été tracés… il y a + de 30 ans ✨✨✨

Novembre 2017, le teaser

 


La suite…c’est par là

« Suis-je un petit d’homme ou bien n’en suis-je pas un ? je sais seulement que rien de ce qui est humain ne m’est étrangé ».

Chapitre 1 : Le signe du Serpent  Blue-Mountains – Nouvelles Galles du Sud [1852]


 

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Yves Chabert

Yves Chabert

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Expert en développement de projets entrepreneuriaux innovants éco-responsables et relevant de l'ESS Conférencier Ecrivain et vidéaste pro

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